Richard et le roi de France

La fin de la vie de Richard Cœur de Lion fut marquée par un conflit incessant avec son grand rival, le roi de France Philippe Auguste. Celui-ci, pressé de faire rentrer les Plantagenêt dans le rang, avait tenté de s’immiscer dans les conflits familiaux qui les avaient déchirés avant la mort d’Henri II. Après la Croisade, le roi de France n’hésite plus à s’en prendre directement aux intérêts de Richard. Les deux monarques se livrent alors un conflit sans merci.

Le captif 
Arrestation de Richard Cœur de Lion
Arrestation de Richard Cœur de Lion, (Chroniques de Flandres, XVème siècle, BNF).

Au retour de la croisade, ayant laissé son armée rentrer par mer, Richard décida de voyager par les terres en compagnie d’un petit groupe de chevaliers, car les côtes du Sud de la France étaient tenues par ses ennemis, notamment le comte de Toulouse. Il débarqua ainsi sur la côte de l’Adriatique et décida de passer par le Saint Empire germanique. Le roi d’Angleterre fut reconnu et emprisonné à l’automne 1192, par un seigneur vassal de l’empereur germanique, Léopold V de Babenberg, celui que Richard avait humilié à Acre. Il le remit à l’Empereur Henri VI, le successeur de Fréderic Barberousse. Celui-ci réclama une rançon de cent cinquante milles marcs d’argent pour sa libération, soit approximativement les recettes du royaume d’Angleterre pendant deux ans.

Les conditions de captivité de Richard ne furent pas strictes. Il était libre de ses mouvements dans le château où il était retenu et profita de l’hospitalité de ses « hôtes ». Il écrivit même un certain nombre d’œuvres courtoises pendant sa captivité. En revanche, il était frustré et inquiet, car la situation de ses domaines était alarmante.

 En Angleterre, c’était Jean sans Terre qui assurait la régence. La situation était délicate car pendant l’absence de Richard, le roi de France avait mené des opérations afin de reprendre les fiefs des Plantagenêt, notamment en Normandie et Jean Sans Terre était loin d’avoir la même assurance que son frère. Il s’allia même avec Philippe Auguste contre Richard, et tenta de convaincre les barons d’abandonner l’hommage qu’ils devaient au roi. Jean tentait probablement d’usurper le trône. Malgré ces troubles, Aliénor d’Aquitaine, leur mère, parvint à rassembler cent mille marcs d’argent (équivalent de 34 tonnes d’argent), péniblement, en taxant les domaines Plantagenêt, et notamment l’Angleterre. Henri VI accepta de libérer Richard en échange, malgré les manœuvres de Philippe Auguste pour empêcher sa libération.

La rançon finit ainsi par être payée et Richard Cœur de Lion se retrouva libre en Février 1194. Il revint alors en Angleterre avec sa mère. Richard fut de nouveau couronné pour assurer son pouvoir sur ses vassaux. Il accorda également son pardon à son frère Jean, probablement sous l’influence d’Aliénor. En Mai 1194, il traversa la Manche pour débarquer en Normandie, bien décidé à se venger du roi de France. Il ne revint jamais en Angleterre où il passa tout au plus six mois de son règne. Il engagea aussitôt la lutte contre le roi de France, afin de protéger ses possessions sur le continent. La guerre entre les deux monarques fit rage, notamment en Normandie et en Aquitaine.

La guerre contre le royaume de France 
Château Gaillard
Château Gaillard (image Internet Domaine Public)

Richard Cœur de Lion rassembla l’ost de Normandie, et lui ajouta probablement d’autres troupes venues de ses autres domaines. Il commença par reprendre la partie du duché tombée aux mains des Capétiens. Il mit l’armée de Philippe Auguste en déroute à Fréteval, le 2 Juillet 1194. Le roi de France dut abandonner les archives royales, qui accompagnaient jusque là le roi dans ses déplacements. Richard les fit détruire. Il soumit ensuite ses vassaux en leur faisant renouveler leur hommage.

Cette période fut ainsi marquée par des combats incessants. Richard parcourut ses domaines, luttant pour conserver leur intégrité. Il mena de nombreuses campagnes contre le roi de France et des vassaux rebelles. Il paracheva son triomphe sur Philippe Auguste, et assura la sécurité des domaines Plantagenêt. Ainsi, en 1196, un traité de paix fut signé avec Philippe Auguste. Même si Richard consentit à abandonner quelques forteresses au profit du roi de France, il récupéra l’essentiel de ses domaines.

En outre, le 28 septembre 1197, Henri VI, l’empereur germanique, mourut. Richard Cœur de Lion parvint à faire élire son neveu, Otton de Brunswick en Juin 1198, en concurrence avec Philippe de Souabe. Otton monta sur le trône du Saint Empire Germanique qui d’ennemi, se retrouva l’allié des Plantagenêt. C’est également durant cette période que Richard entreprit de fortifier la Normandie, dans le but de la protéger du roi de France, établi à Paris, non loin. Il fit construire une grande forteresse, Château-Gaillard, aux portes de la Normandie, une place forte à la pointe des techniques de défense de l’époque. Il s’agissait du symbole du triomphe de Richard Cœur de lion, une forteresse voulue par lui, fruit de son expérience militaire et politique.

Mort de Richard Cœur de Lion
Mort de Richard Cœur de Lion, (dans Johannes de Columna, Mare Historiarum, XVème siècle, BNF).

Malgré le traité, le conflit entre Richard et Philippe Auguste reprit dès 1197. Richard conduisit son armée en Normandie et envahit la partie du Vexin Normand restée sous la domination du roi de France. Il battit à nouveau Philippe Auguste sur le champ de bataille en Septembre 1198 près de Courcelles. Le roi de France échappa de peu à la capture, voire à la mort. Une centaine de ses chevaliers furent tués ou capturés. Les campagnes de Richard l’amenèrent également dans son ancien domaine d’Aquitaine, ou il dut contrer des vassaux rebelles. Ce fut l’une de ces campagnes qui l’amena en Périgord et en Limousin. A l’occasion d’une trêve avec Philippe Auguste, Richard partit mater une énième révolte du vicomte Aimar de Limoges. C’est en assiégeant la forteresse de Châlus, en Limousin, qu’il mourut d’un carreau d’arbalète, arme qu’il avait contribué à répandre dans les armées du XIIème siècle.

Philippe Auguste, l’adversaire implacable 
Sacre de Philippe Auguste
Sacre de Philippe Auguste (Dans Grandes chroniques de France, XIVème siècle, BNF).

Philippe naquit le 25 Août 1165 à Gonesse. Il était le fils de Louis VII, roi de France et d’Adèle de Champagne, sa troisième femme. Les deux épouses précédentes de son père, dont Aliénor d’Aquitaine, ne lui avaient donné que des filles et on craignait que Louis VII mourut sans héritier mâle. C’est pourquoi la naissance de Philippe fut considérée comme un miracle et qu’on le surnomma Dieudonné.

Comme tous les rois Capétiens, Philippe fut associé au trône du vivant de son père. Celui-ci le fit ainsi sacrer roi à Reims le 1er novembre 1179. Le 18 Septembre 1180, Louis VII mourut et son fils restait seul roi à 15 ans, sous le nom de Philippe II. Deux menaces importantes pesaient sur son domaine : les comtes de Flandres et d’Alsace au nord et à l’est, et l’empire féodal Plantagenêt d’Henri II qui enserrait le domaine royal au Nord et au Sud. Les possessions du roi d’Angleterre comprenaient des fiefs du royaume de France pour lesquels Philippe comptait bien faire valoir ses droits de suzerain.

    Louis VII avait laissé à son fils un royaume stable, prospère mais menacé. L’autorité des rois de France ne s’étendait en fait que sur le domaine royal qui correspondait à l’Ile de France. Leurs vassaux étaient turbulents et ne reconnaissaient pas réellement leur autorité. Le jeune roi parvint à briser les alliances du comte de Flandre et à l’isoler de ses partisans. Ces manœuvres aboutirent au Traité de Boves qui confirma au roi la possession du Vermandois, de l’Artois et de l’Amiénois. Ce fut une première victoire pour Philippe, qui lui permit de soumettre ses vassaux dans le royaume de France et qui lui valut le surnom d’ « Auguste », qui signifiait à la fois « augmenter » et faisait référence aux empereurs romains de l’Antiquité.

Philippe Auguste tenta par la suite de régler le problème posé par la menace Plantagenêt. Il revendiqua le Vexin Normand et tenta de contraindre Henri II de lui rendre l’hommage pour tous les fiefs qu’il possédait dans le royaume de France. Mais le roi d’Angleterre refusa. Les combats firent rage surtout entre 1186 et 1188. Face à la puissance de son adversaire, le roi de France tenta de diviser ses partisans, en se mêlant des divisions à l’intérieur de la famille des Plantagenêt. Il finit par pousser Henri II dans ses derniers retranchements, à Chinon, où il mourut en 1189.

    Mais la tactique de Philippe Auguste face à l’empire féodal Plantagenêt échoua. Son objectif était d’éclater cet empire en le divisant. Mais après les morts successives d’Henri le Jeune, de Geoffroy de Bretagne, puis d’Henri II, Richard Cœur de Lion se retrouvait seul à la tête de l’empire féodal de son père. Il le maintint ainsi unifié, et après avoir été l’allié de Philippe Auguste contre son père, il devint son principal adversaire.

    La croisade empêcha le conflit d’éclater immédiatement. Philippe partit aux côtés de Richard pour la troisième croisade en 1190. Mais dès le séjour des croisés à Messine en Sicile, les tensions entre les deux souverains se ranimèrent et s’intensifièrent.

    Le roi de France arriva avec son armée au siège d’Acre dès Avril 1191. Il parvint à empêcher les armées de Saladin de briser le siège mais échoua à prendre la ville. Pendant les longs mois que dura le siège, Philippe Auguste tomba gravement malade et dut laisser Richard diriger les opérations. La querelle à propos du roi de Jérusalem et de sa succession envenima encore leurs relations. Après la chute de la ville, Philippe décida de rentrer dans son royaume.

Philippe Auguste s’en prit de nouveau au domaine Plantagenêt. La capture de Richard Cœur de Lion par Léopold d’Autriche fut une aubaine pour le roi de France. Par sa finesse politique, stratégique et diplomatique, Philippe Auguste parvint à tenir son adversaire en respect et à rattacher le Vexin normand au domaine. Il fit également tout pour empêcher la libération de Richard, dont il connaissait les capacités et la valeur. Le roi d’Angleterre en conçut une haine farouche à l’attention de son ancien allié.

A sa libération, sa riposte fut immédiate. Le conflit s’engagea entre les deux rois et les combats furent récurrents jusqu’en 1199. Philippe Auguste fut contraint de restituer ses conquêtes à Richard. Une trêve fut finalement signée en Janvier 1199. Cela permit à Richard d’aller mater la révolte des seigneurs angoumois et limousins. Il perdit la vie sous les murs de Châlus lors de cette campagne.

Philippe Auguste fut le principal adversaire de Richard Cœur de Lion qui arriva tout de même à le tenir en échec. Une fois Richard mort, le roi de France eut les mains libres pour enfin briser la puissance des Plantagenêt sur le continent. Il commença par soutenir Arthur de Bretagne à la succession de Richard, afin de déstabiliser Jean qui devint finalement roi d’Angleterre. Mais celui-ci manquait de toutes les qualités qui avaient fait le succès de son frère. Après la mort de Richard, le roi de France reprit un à un tous les domaines des Plantagenêt. Il consolida son succès lors de la bataille de Bouvines, en 1214, où il écrasa les armées coalisées du Saint Empire et de Jean sans Terre. Quand il mourut en 1224, le royaume de France était devenu l’un des plus puissants d’Europe Occidentale, et les Plantagenêt avaient perdu l’essentiel de leurs possessions sur le continent.

Bataille de Bouvines
Bataille de Bouvines (dans Grandes Chroniques de France, XVème siècle, BNF).